Interview avec Boniface de WeSmart : « Les communautés d’énergies renouvelables font partie des solutions pour atteindre les objectifs climatiques. »

26 octobre, 2021Retour

La Semaine européenne de l’énergie durable (EUSEW) qui a lieu cette semaine est le plus grand événement consacré aux énergies renouvelables et à l’utilisation efficace de l’énergie en Europe. À cette occasion nous avons interviewé Boniface de l’entreprise WeSmart, active dans le domaine des communautés d’énergie.

Greenbizz : Qu’est-ce qu’une communauté d’énergie ?

Boniface : Une communauté d’énergie représente une mutualisation des ressources, un partage d’énergie entre des citoyens, des entreprises et des autorités publiques. Ces acteurs se mettent ensemble pour produire, consommer, stocker, vendre et se partager l’énergie produite localement. Grâce à ses partenaires, WeSmart se positionne comme agrégateur de services, par exemple, les services de recharge pour les véhicules électriques, services liés à l’efficacité énergétique ou d’autres services énergétiques.

Il faut donc voir une communauté d’énergie comme un nouvel écosystème composé d’acteurs locaux dont l’objectif est de générer localement des avantages économiques, environnementaux et sociaux.

G : Quel est le lien avec l’énergie durable et son utilisation efficace ?

B : Notre projet de communauté d’énergie s’intègre totalement dans le modèle de l’énergie durable. Notre objectif est d’optimiser l’utilisation des ressources locales en minimisant les déchets et en réduisant les émissions de CO2.

Nous voulons augmenter l’impact environnemental positif de la consommation énergétique en mettant en place de plus en plus d’énergies renouvelables et de circuit court. Notre objectif est d’inciter les participants à la communauté d’énergie à réduire leur consommation et de consommer au maximum l’énergie renouvelable locale au moment où elle est disponible. Cela permet de réduire les pertes (généralement compensées par de l’énergie fossile) et les perturbations sur les réseaux électriques.

G : WeSmart a-t-il toujours été actif dans les communautés d’énergie ?

B : Pas tout à fait. WeSmart existe depuis 2016 et a fait ses débuts dans le développement d’une plateforme intelligente de monitoring énergétique. Nous nous sommes installés dans l’incubateur d’entreprise Greenbizz qui prône les mêmes valeurs que nous : une énergie verte et locale pour tous.

En 2018, suite à la première directive, relative à la promotion de l’utilisation de l’énergie produite à partir de sources renouvelables, du Clean Energy package, nous nous sommes tournés vers les communautés d’énergie.

En 2019, la deuxième directive, concernant des règles communes pour le marché intérieur de l’électricité, du Clean Energy package est venue renforcer le concept des communautés d’énergies. Suite à ces deux directives, WeSmart offre désormais des services de création et de gestion de A à Z, ainsi qu’une plateforme de monitoring des communautés d’énergie.

En 2020 il y a eu le lancement du projet pilote Greenbizz.energy.

G : Pourquoi avez-vous fait le choix d’orienter votre business dans ce domaine ?

B : L’avènement des directives clean Energy package a bousculé le marché de l’énergie et introduit des nouveaux concepts, tel que le partage de l’énergie verte à l’échelle locale. Nous avons donc voulu nous orienter vers cette niche là pour continuer à développer notre société et offrir au marché des solutions nouvelles. La recherche de solutions innovantes pour répondre aux enjeux de demain fait vraiment partie de notre ADN.

G : Depuis quelques mois vous avez développé le projet Greenbizz.energy à Greenbizz même. Depuis, les entreprises installées dans nos ateliers bénéficient de l’électricité produite par les 1500m² de panneaux solaires situés sur notre toit. Qu’est-ce qui a changé pour elle depuis la mise en place de cette communauté ?

B : Les résultats sont bénéfiques en termes économiques, environnementaux et sociaux.

Les résultats économiques observés sont la baisse de la facture énergétique de 10 à 15 %. Ce projet innovant permet de tirer le meilleur parti des énergies vertes à un prix plus avantageux et, ainsi, de lutter contre la précarité énergétique et d’améliorer la compétitivité des entreprises. C’est aussi une garantie d’un prix stable dans le contexte où les prix de l’énergie flambent.

Les avantages environnementaux sont la diminution de 1,98 tonne de CO2 par an, la limitation de la mobilisation du réseau et une plus grande pénétration des productions décentralisées.

On observe aussi un impact positif sur les habitudes de consommation, l’entreprise Snappies nous confie avoir changé sa façon de consommer grâce à la communauté d’énergie.

Les avantages sociaux sont de plusieurs ordres, une cohésion sociale à l’échelle locale, un renforcement des échanges et la création de liens entre les participants de la communauté qui se rencontrent.

G : Ce type de communauté peut-elle s’implanter partout ? Y-a-t’il des freins, défis quant à leur mise en place ?

B : Les communautés d’énergie peuvent bien s’implanter partout mais l’optimum se trouve dans un périmètre comportant une mixité de type de consommateurs. La communauté idéale est celle qui rassemble des entreprises, des citoyens et des bâtiments publics tels que les écoles.  Le quartier de Tivoli avec l’incubateur Greenbizz, l’écoquartier de Tivoli et les écoles de la ville de Bruxelles est un lieu parfait puisque ces entités consomment de manière complémentaire.

Au niveau des défis, il y a certains enjeux quant à la mise en place d’une communauté d’énergie. En effet, le sujet est assez méconnu d’une grande partie de la population.

Il y a notamment cet aspect de sensibilisation, nous nous devons d’être proche de nos partenaires, de nos utilisateurs, des utilisateurs de la plateforme (end-users).

Il y a aussi cet aspect de pédagogie, nous voulons impliquer les citoyens et les entreprises dans la transition énergétique, pour diminuer l’impact écologique, il faut changer les comportements, consommer l’énergie renouvelable lorsqu’elle est disponible. C’est vraiment un défi car il y a tout un travail qui demande beaucoup d’effort et de ressources, d’être proche des citoyens.

Le plus gros frein actuellement est l’absence d’une réglementation structurelle. Aujourd’hui nous travaillons dans un cadre dérogatoire pour des projets innovants.

La volonté politique de promouvoir les communautés d’énergie est perceptible. Néanmoins, le travail de transposition des directives européennes dans les réglementations régionales tarde à aboutir. Cela bloque le déploiement de plusieurs beaux projets que nous avons déjà identifiés.

G : Comment arrivez-vous à y remédier ?

B : Pour faire face à ces défis, nous avons été soutenus par la Région Bruxelles Capitale, via l’appel à projet BeCircular, pour lequel nous avons été lauréats. Cet appel à projet nous a permis d’avoir les ressources et donc d’agir de manière sereine. Pour d’autres projets nous sommes soutenus par la ville de Bruxelles, notamment sous l’aspect de la sensibilisation de l’approche citoyenne.

En attendant, le cadre structurel, nous continuons de prospecter et d’identifier les projets pertinents. Grâce aux compétences transversales de notre équipe, à nos projets pilotes et de recherche, nous renforçons notre offre et nos outils pour être prêts à accompagner un maximum de projets à l’ouverture du marché. Aujourd’hui nous en avons identifié plus de 50 dans notre pipeline.

Nous suivons aussi de prêt le travail de transposition et partageons volontiers notre expérience afin de le faire avancer.

G : Quelles opportunités voyez-vous dans le développement des énergies renouvelables à Bruxelles ?

B : La Région Bruxelles Capitale soutient les projets d’énergies renouvelables. Il y a clairement une volonté d’accompagner les citoyens et les entreprises dans leurs démarches d’implication dans la transition énergétique et l’économie circulaire, qui est un modèle d’avenir. La RBC s’est dotée de plusieurs plans ambitieux qui vont dans ce sens. En parallèle de l’adaptation des outils de soutien existants (primes énergie, certificats verts), le Gouvernement entend promouvoir et développer la production collective d’énergie via des sources renouvelables.

En ce qui concerne le plan climat à Bruxelles, il vise à intégrer des objectifs climatiques pour 2030 ; de réduire de 21% la consommation d’énergie finale, de produire 1170 GWh d’énergie à partir de sources renouvelables ainsi que de réduire de plus de 40% ses émissions directes de gaz à effet de serre (par rapport à 2005), pour approcher la neutralité carbone en 2050.

Les communautés d’énergies renouvelables font partie des solutions qui permettront d’atteindre ces objectifs.

G : En cinq mots : pourquoi WeSmart a choisi de s’installer à Greenbizz

B : Nous nous accordons avec les valeurs de Greenbizz, l’incubateur qui soutient l’économie durable et qui permet aux startups et entreprises de développer leurs projets. Ils sont ouverts à l’innovation et ont d’ailleurs permis la création du premier projet pilote : Greenbizz.energy !

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